Stratégie
D’une recherche individuelle qui a fait ses preuves vers une recherche fédérée, portée par des structures modernes et dont une partie sera valorisée.
Le chantier des réformes que connaît l’université marocaine accorde une place de choix à la recherche. Celle-ci est définie dès l’article I de la loi 01-00 qui, fixant les missions de l’enseignement supérieur, précise que cet enseignement a entre autres comme objet « la contribution aux progrès scientifique, technique, professionnel, économique et culturel de la nation, en tenant compte du développement économique et social ; la maîtrise et le développement des sciences, des techniques et du savoir-faire, par la recherche et l ’innovation ; la valorisation du patrimoine culturel marocain et le rayonnement de ses valeurs ancestrales ».
Pour les FLSH, comme pour les autres établissements, une recherche de qualité est une nécessité pour que l’enseignement et la formation puissent suivre l’évolution des connaissances et du savoir en renouvellement continu. Cette recherche ne peut, à son tour, se maintenir et se renouveler sans un enseignement et une formation de jeunes futurs chercheurs de qualité. C’est dire les interdépendances entre les deux principales vocations de l’Université qui débouchent toutes deux sur la production d’un savoir constamment renouvelé.
Mais la recherche scientifique doit répondre aussi et de plus en plus à un autre objectif nouveau. C’est celui visé par les articles 3 et 7 de la loi 01-00. Le premier ajoute aux missions de l’université « la réalisation d’expertises ; la contribution au développement global du pays.", alors que le second précise que « dans le cadre des missions qui leurs sont dévolues par la présente loi, les universités peuvent assurer par voie de convention, des prestations de services à titre onéreux, créer des incubateurs d’entreprises innovantes, exploiter des brevets et licences et commercialiser les produits de leurs activités. (....) Conformément à la législation en vigueur, et dans la limite des ressources disponibles dégagées par ces activités, les universités peuvent, dans le but de renforcer leurs activités entrepreneuriales : prendre des participations dans des entreprises publiques et privées, etc. ».
La FLSH de Rabat a joué jusqu’ici son rôle de façon très satisfaisante dans le premier volet de la recherche qui est la production du savoir, tout en enregistrant des percées remarquables dans certains domaines dans le second volet. Il reste qu’elle devrait tout en capitalisant ses acquis, s’inscrire dans la nouvelle dynamique en axant ses efforts dans trois directions :
1) Dans le cadre de la recherche fondamentale, qui est sa vocation première, la FLSH de Rabat doit dépasser le stade de la recherche individuelle vers une recherche fédérée et portée par des structures modernes. Cela suppose une action pour soutenir les structures de recherche collectives et un processus pour en créer de nouvelles
2) Toujours dans le cadre de la recherche fondamentale il faudra construire un projet de recherche collectif pour l’établissement
3) Dans le cadre de la R et D, la FLSH gagnerait beaucoup à s’insérer dans le processus de valorisation entamé par l’Université Mohammed V - Agdal pour qu’une partie de son effort de recherche se focalise sur l’innovation et le développement.
1. Mise en place des structures pour la gestion de la recherche.
Rappelons que pour ce qui est de la recherche pour le savoir les conditions ne sont pas toujours idéales. Comme dans d’autres établissements, cette recherche a été jusqu’ici motivée dans son ensemble par les nécessités de la carrière qui poussaient les enseignants à mener des recherches jusqu’à l’obtention de la thèse. Une fois les thèses soutenues, on assiste à un fléchissement du rythme sauf chez certains individus « militants de la recherche » qui continuent à produire soit isolément, soit dans des petits groupes restreints. Mais si dans les autres établissements (les Facultés des Sciences, par exemple) les programmes de financement de la recherche tels que PARS et PROTARS sont venus depuis 1998 prendre le relais de la recherche doctorale pour maintenir un certain dynamisme, à la FLSH ces programmes rencontrent peu de succès. Ces derniers relèvent en effet d’une autre logique faisant appel au travail collectif et à l’orientation de la recherche vers le développement. Aujourd’hui, la recherche au sein de la FLSH est soutenue plus par des volontés individuelles que par des structures mises en place pour la dynamiser et la reconnaître. Il y a donc tout un programme à mettre en place pour redynamiser cette recherche et l’inscrire dans un projet d’établissement ambitieux, cohérent et soutenu financièrement.
Ce programme s’inscrit dans les efforts de structuration de la recherche menés au niveau du Ministère de l’Education Nationale, l’Enseignement Supérieur, la Recherche Scientifique et la Formation des cadres et au niveau de la présidence de l’Université. Dans les deux instances on prévoit une structuration basée sur une architecture à mettre en place au sein de chaque établissement avec des entités allant de l’Equipe de Recherche (trois enseignants chercheurs au minimum), le Laboratoire (regroupant trois équipes de recherche au minimum et des doctorants), le Centre d’étude et de recherche et le Réseau de recherche inter-universitaire. Une procédure d’accréditation est prévue par l’Université et des budgets de recherche mis à la disposition par le Ministère Chargé de la Recherche.
Comment peut-on décliner ce plan au niveau de notre Faculté ?
Sur la base de la structuration proposée par la présidence de l’Université, une liste de 15 équipes de recherche existe déjà et les animateurs de ces équipes ont déjà fourni pour l’exercice de 2005 un rapport d’activité et des projets d’axes de recherche pour 2006-2008. Ce rapport a été examiné par la Commission de la Recherche Scientifique du Conseil de l’Etablissement et ce dernier a pris acte de ce rapport lors de sa réunion des 7 et 14 mars. Dans un deuxième temps, la même commission devrait valider une procédure et un formulaire pour les nouvelles accréditations. Une fois ce formulaire et cette procédure validées par le Conseil de l’Université, la FLSH de Rabat pourrait entamer le processus d’accréditation de nouvelles équipes. Il est bien évident que l’accréditation de ces équipes et laboratoires sera soumise à la validation du Conseil d’Etablissement comme le stipule la loi (article 22 de la loi 01-00). Le souci principal qui doit guider cette démarche est la fédération des chercheurs travaillant jusqu’ici de façon isolée dans des entités homogènes.
Dans cette démarche une attention particulière devra être accordée aux UFR existantes. En effet, dans certains cas ces dernières sont couplées à des groupes de recherches (notamment chez les sociologues, les psychologues, les historiens et les géographes). En attendant le sort qui sera réservé par la réforme à ces UFR, elles doivent, s’intégrer dans le processus de structuration de la recherche. Elles ont vocation pour faire de la recherche dans des groupes comprenant des encadrants et de jeunes doctorants, elles occupent des locaux, ont reçues quelques équipements et devraient bénéficier d’un budget. Tout cela rappelle la structure d’un laboratoire. Mais elles ne sont pas pérennes dans la mesure où suite à un non renouvellement de l’accréditation, elles sont dissoutes, ce qui génère une rupture dans le cumul du savoir, des archives et des équipements. Par ailleurs, les UFR sont souvent rattachées à des laboratoires d’accueil. Pour toutes ces raisons, il est souhaitable que certaines de ces UFR qui ont montré de la vitalité et ont fonctionné sur une longue durée soient accompagnées pour se transformer en laboratoires ou en équipes de recherche selon le schéma en cours de discussion. Il est bien évident que dans ces cas il sera demandé aux équipes qui animent ces entités de coupler leurs demandes d’accréditation à ces entités ne serait-ce que pour résoudre le problème des locaux.
Le principal levier de la recherche étant les jeunes chercheurs, l’un des aspects fondamentaux de cette démarche concerne la formation par et pour la recherche. Le futur système des Ecoles Doctorales doit être intimement associé aux équipes de recherche. Les spécificités de la Faculté des Lettres et des Sciences Humaines et les traditions d’une recherche plus individuelle que collective ne faciliteront pas l’adoption du nouveau système, d’où la nécessité d’un travail en profondeur sur nous même pour amener l’ensemble des enseignants-chercheurs à s’approprier un système dont les mots d’ordre sont : l’Intégration géographique, la fédération des efforts, l’optimisation des ressources humaines, l’optimisation des moyens et des compétences, la complémentarité, la minimisation de frais généraux et de logistiques, la mobilité des chercheurs et des doctorants et l’encadrement collectif au sein d’équipes de recherche et de formation pluridisciplinaires.
Au bout de ce processus on devrait aboutir dans un premier temps à plusieurs entités de recherche selon les motivations, les moyens en locaux et les ressources financières disponibles. Un effort particulier sera fourni pour fédérer au maximum les entités de recherche de base. Les équipes de recherche, entités de base, qui peuvent de par leurs proximités disciplinaires et thématiques se fédérer en laboratoires seront encouragés par la mise à leur disposition de moyens supplémentaires. Parallèlement et lorsque le besoin et les possibilités de regroupement des synergies le dictent on pourra engager des procédures pour la création de centres d’études et de recherche.
2) Définition d’un projet de recherche pour la FLSH de Rabat
Actuellement, la recherche au sein de la FLSH, même lorsqu’elle est effectuée au sein d’équipes de recherches n’obéit pas dans la formulation de ses thématiques à une stratégie de l’établissement et un projet de recherche est pratiquement absent. Le regroupement des thèmes traités peut s’insérer dans des axes de recherches globaux (voir tableau en annexe), mais ce n’est là qu’un artifice pour esquisser un semblant de projet d’établissement. L’idéal serait que les futurs axes de recherche aussi bien des équipes que des individus s’inscrivent dans un projet global préalablement défini dans ses grandes lignes. Il s’agira de la définition de grandes thématiques de recherche prioritaires à programmer sur 4 années et qui pourraient faire la spécificité de notre établissement par rapport à d’autre, le tout inscrit dans la progression de la recherche actuelle et la vocation qu’on souhaite imprimer à notre établissement.
La démarche qu’on pourrait préconiser partirait d’une réflexion qui devrait être menée au niveau des équipes de recherche et des départements qui, à partir des acquis de la recherche menée jusqu’à maintenant, des lacunes constatées dans cette recherche, des questionnements de l’heure aussi bien de la part des champs disciplinaires que des priorités nationales ou régionales, aboutirait à la définition de thématiques de recherche prioritaires. Dans un deuxième temps, des rapporteurs de chaque champs disciplinaires feraient des synthèses en essayant des rapprochements entre les préoccupations scientifiques des différentes équipes et disciplines pour dégager de grandes thématiques dont le regroupement serait le projet de recherche de l’établissement. Une fois ces thématiques définies, les équipes de recherche et les collègues travaillant individuellement qui souhaitent s’inscrire dans le projet de l’établissement seraient invités par le biais d’un appel d’offre à proposer des axes de recherches qui constitueront leurs projets de recherches propres présentés pour financement.
3. La valorisation de la recherche ou la problématique de la recherche/développement en Sciences Humaines et en Langues et Lettres.
Lorsqu’on aborde la relation recherche/développement on est souvent confronté à une non reconnaissance manifeste des sciences humaines comme discipline scientifique à part entière. En effet, à partir du moment où ces sciences n’aboutissent pas à des avancées technologiques et qu’elles ne donnent pas lieu à des brevets déposés, elles sont considérées comme inintéressantes (sauf au niveau du discours). Le problème augmente en complexité lorsqu’on sait que même des chercheurs en Sciences Humaines et en Lettres doutent parfois de la possibilité pour leurs disciplines d’avoir des apports dans les domaines du développement. Ceci apparaît de façon nette dans le nombre très réduit de réponses de ces sciences aux appels d’offre des PROTARS lorsque ces derniers sont des appels d’offre fermés, c’est-à-dire avec des thématiques fixées d’avance et en rapport direct avec le développement. C’est dire les difficultés et handicaps à surmonter pour amener ces sciences à être reconnues et se reconnaître comme tel. Ceci dit, ces sciences peuvent, à notre avis, répondre amplement aux exigences de la Recherche-Développement. N’oublions pas que si la technologie peut à la limite être importée, la connaissance de la société pour laquelle cette technologie est sollicitée ne peut absolument pas être importée. Cette connaissance lorsqu’elle n’est pas menée dans le cadre d’une recherche en Sciences Humaines et Sociales au sein d’écoles de recherche nationales peut faire avorter telle ou telle intervention. Et nombreuses sont les interventions purement technicistes qui ont échouées car non accompagnées d’une bonnes connaissance des communautés auxquelles elles étaient destinées. A côté de cela, des initiatives, certes limitées, on montré que des recherches relevant de ces champs disciplinaires peuvent apporter des réponses à des questions de développement.
Il y a donc un travail de persuasion, de sensibilisation et d’animation à engager et des actions pour la mise en place d’une structure pouvant servir d’interface entre la FLSH de Rabat et l’environnement socio-économique sont indispensables.
Pour cela, nous nous inscrivons dans les efforts menés par la présidence de l’université Mohammed V-Agdal pour la mise en place d’une structure de valorisation de la recherche. Tirant sa légitimité des articles de la loi 01-00 précités et des attentes de la société à travers la COSEF, cette structure aura pour missions :
la négociation, la rédaction et la gestion des contrats de recherche et de prestations ;
la protection des résultats de recherche ;
le montage de projets de recherche et la recherche de cofinancements pour ces projets ;
la constitution de filiale(s) de valorisation et la gestion du portefeuille de titres financiers de l’université
Elle aura comme prolongement dans chaque établissement une structure de valorisation de l’établissement qui devra travailler en étroite collaboration avec l’interface de la présidence.
Notre ambition pour la Faculté des Lettres et des Sciences Humaines de Rabat, est qu’elle soit parmi les premiers établissements de cette catégorie à avoir sa structure de valorisation de la recherche. Sans aller jusqu’à ambitionner de créer au sein de cet établissement des entreprises innovantes, on peut au moins espérer mettre en place cet interface. Pour cela le potentiel humain est considérable. Les interventions des chercheurs en Sciences Humaines sont spécialement recherchées dans tout ce qui relève de la production des outils d’aménagement à toutes les échelles, des études d’impact et d’environnement, et généralement des études socio-économiques. Géographes, sociologues, anthropologues, psycho-sociologues et historiens sont aujourd’hui fortement présents dans les études commandées. Par ailleurs la demande sur les langues vivantes et l’enseignement de l’arabe à des non arabophone est telle qu’aujourd’hui la FLSH devrait se placer sur ces créneaux dans le domaine de la formation continue.
La cellule aura pour mission principale d’organiser, gérer et suivre les activités de la formation continue (des exemples de formations organisées de façon informelle existent) et des prestations de services dans les domaines où les disciplines de la FLSH de Rabat sont sollicitées. Reste le grand problème de la gestion financière qui handicapera tout projet dans ce sens.
Une première réunion avec M. le Vice-Président de l’Université Chargé de la Recherche et de la Coopération a balisé le terrain et démontré les possibilités qu’offre la FLSH de Rabat dans ce domaine. Elle a surtout posé le problème de la gestion financière pour laquelle une solution est en cours d’étude.
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